March 24, 2026 | Successions

Comment contester un testament au Québec

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Perdre un cher est déjà difficile en soi. Découvrir que son testament ne reflète peut-être pas ses véritables volontés peut rendre une situation douloureuse encore plus difficile. Si vous croyez qu’un testament est invalide, vous n’êtes pas sans recours. Le droit québécois prévoit des mécanismes clairs pour contester un testament, et comprendre les motifs juridiques à votre disposition est la première étape.


Les motifs pour contester un testament au Québec


En vertu du Code civil du Québec (CCQ), un testament peut être contesté pour plusieurs motifs juridiques. Le plus courant est l’absence de capacité testamentaire. L’article 707 du Code civil établit que la capacité du testateur s’apprécie au moment où il a rédigé son testament. Cela signifie que même si une personne a reçu par la suite un diagnostic de démence, Ce qui compte juridiquement, c’est qu’elle comprenait ce qu’elle signait et pouvait saisir la nature du testament, l’étendue de ses biens ou l’identité de ses héritiers naturels. Si ce n’était pas le cas, le testament pourrait être déclaré nul.

Un deuxième motif est le vice de forme. Le droit québécois reconnaît trois formes valides de testament : le testament notarié, le testament olographe (entièrement manuscrit et signé par le testateur) et le testament devant témoins. Chaque forme est assujettie à des exigences strictes. Par exemple, un testament olographe rédigé à l’ordinateur peut être contesté. Un testament qui satisfait substantiellement aux exigences d’une forme donnée peut toutefois être maintenu, mais des vices graves peuvent entraîner sa nullité (art. 714 CCQ).


Un troisième motif est la captation ou le consentement vicié. Si une personne a été pressée, manipulée ou contrainte de rédiger ou de modifier son testament, celui-ci ne reflète pas une décision libre et éclairée. 


Enfin, la fraude ou la falsification, notamment une signature contrefaite ou un document fabriqué, constituent des motifs de contestation.


La clause pénale


En vertu de l’article 758 du Code civil, toute clause d’un testament qui menace de déshériter quelqu’un pour avoir contesté sa validité n’a aucun effet juridique. Autrement dit, si vous avez des préoccupations légitimes à l’égard d’un testament, vous ne pouvez pas être pénalisé simplement pour les avoir soulevées. Cette disposition existe pour protéger l’intégrité du processus successoral, et elle signifie que vous ne devriez pas laisser la crainte de perdre votre héritage vous empêcher de consulter un avocat.


Qui peut contester un testament au Québec ?


Seules les personnes ayant un intérêt juridique dans la succession ont le droit de contester un testament. En vertu de l’article 772 du Code civil, toute « personne intéressée » peut demander la vérification du testament. En pratique, cela comprend : (1) les héritiers légaux (ceux qui hériteraient en l’absence de testament ou si le testament était annulé), (2) les légataires désignés dans le testament ou dans un testament antérieur, et (3) les créanciers de la succession qui ont un intérêt financier dans la façon dont les biens seront distribués.


La vérification du testament


Avant qu’un testament olographe ou un testament devant témoins puisse produire ses effets, il doit être soumis à une procédure de vérification judiciaire au cours de laquelle le tribunal examine le testament afin d’en confirmer l’authenticité (772-775 CCQ). Les héritiers et successeurs connus doivent être convoqués et avoir la possibilité de se présenter. Le testament notarié, quant à lui, est un acte authentique par nature et ne nécessite pas de vérification.

Une règle importante à connaître : si vous avez déjà reconnu la validité d’un testament, par exemple en signant un document l’acceptant, vous ne pouvez pas le contester par la suite. Vous pouvez toujours en demander la vérification, mais vous ne pouvez plus en invoquer l’invalidité (art. 773 CCQ). C’est pourquoi il est essentiel de consulter un avocat avant d’entreprendre quelque démarche que ce soit dans le cadre de la succession si vous avez des doutes.


Le fardeau de la preuve


Avant la vérification, c’est à la partie contestante qu’il appartient de soulever des motifs suffisants pour justifier un examen du tribunal. Cependant, une fois le testament vérifié, le fardeau de la preuve se déplace. Conformément à l’article 773 du Code civil, la personne qui se prévaut du testament vérifié (généralement le liquidateur ou un légataire) doit en prouver l’origine et la régularité s’il est contesté.


Les délais : pourquoi agir rapidement est essentiel


Le délai de prescription général de trois ans applicable aux actions civiles s’applique également à la contestation des testaments (art. 2925 CCQ). Cela signifie que vous disposez de trois ans à compter du moment où vous avez connu ou auriez dû connaître les motifs de contestation pour déposer votre demande. Si vous n’agissez pas dans ce délai, vous perdrez vraisemblablement le droit de contester le testament, peu importe la solidité de votre dossier.


Consultez un avocat avant d’agir


Si vous avez des doutes quant à la validité du testament d’un proche, consultez un avocat avant d’agir. Notre équipe est là pour vous aider à comprendre vos droits et à proposer des options.